"Peut-être avons-nous perdu la capacité d'attirer de nouvelles vocations ?"[1].
C'est une question que l'exhortation Vita consecrata, interprétant les sentiments de beaucoup de
personnes consacrées, fait émerger au sujet de la pastorale des vocations. En effet, si la floraison des vocations en certains pays semble justifier l'optimisme, par contre, dans les pays d'ancienne chrétienté la pénurie met à dure épreuve la vie des instituts.
La crise des vocations est avant tout le reflet d'une crise plus profonde concernant la vision de la vie. Dans un monde sécularisé, non seulement les vocations à la prêtrise et à la vie consacrée sont en crise, mais c'est la conception de l'existence même qui pose question. La vie n'est plus perçue comme l'accueil d'un don et comme une réponse ; le projet existentiel des hommes de notre temps est vécu tout simplement, même dans un horizon culturel chrétien, comme la recherche d'une autoréalisation, d'une valorisation de soi, plutôt que comme l'adhésion à une Personne, la réponse à un appel, dans une logique d'exode et d'amour.
Toute pastorale dans l'Église est, au fond, vocationnelle, parce que chaque activité pastorale n'est autre chose qu'un accompagnement à accueillir la Parole par une réponse personnelle, selon la croissance de l'individu.
Le problème des vocations reste un défi pour toute l'Église ; il est une vérification fondamentale pour les instituts de vie consacrée. Leur avenir, en effet, dépend de la capacité d'attirer des hommes et des femmes capables d'en accueillir l'héritage.
La diminution des vocations ne doit pas induire au découragement, nous dit l'exhortation Vita consecrata, ni à la tentation de recrutements faciles et imprévoyants[2]. En effet, la réduction numérique progressive des candidats dans bien des instituts a souvent déterminé un affaiblissement qualitatif des critères de recrutement et d'admission, ajoutant alors à la crise de quantité, une crise de qualité.
La règle d'or
Susciter de nouvelles vocations à la vie consacrée n'est pas le résultat de techniques humaines, de pédagogies religieuses ou d'une pastorale plus ou moins ajournée. "Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire", dit le Seigneur (Jn 6, 44). Les vocations sont une œuvre éminente de l'Esprit Saint, auteur et inspirateur des charismes de la vie consacrée, auquel il faut être fidèle par une annonce explicite et "par une catéchèse adaptée, pour favoriser en ceux qui sont appelés une réponse libre, prompte et généreuse, qui rend opérante la grâce de la vocation"[3].
La règle d'or de la pastorale des vocations demeure encore aujourd'hui "Venez et voyez" (Jn 1, 39). Celle-ci tend à montrer, à l'exemple des Fondateurs et des Fondatrices, l'attrait de la personne du Seigneur Jésus et la beauté du don total de soi pour la cause de l'Évangile[4].
"Venez et voyez" signifie inviter les candidats à se rendre dans un "lieu" concret, où la visibilité du Christ vivant suscite une attraction et rend possible le don de sa vie.
Le devoir des personnes consacrées est de proposer, par leur parole et leur exemple, l'idéal de la suite
du Christ, en affermissant ensuite la réponse aux motions de l'Esprit dans le cœur des personnes appelées. Il est surtout de montrer un "lieu" de référence dans l'histoire où la proposition devient vie, où la sequela est incarnée, attrayante, et suscite un désir d'imitation.
L'interpellation vocationnelle, ainsi que la foi, ne se situent pas dans un horizon intellectuel, mais existentiel, par la transmission d'une expérience et de convictions. "Venez et voyez" signifie aussi appeler à "aller", à se mettre en route, à sortir de ses propres frontières culturelles et à s'aventurer dans le "mystère" de Dieu.
Témoins convaincus et convaincants
L'histoire de la personne est le "terrain" où le mystère se révèle, interpelle et appelle.
La catéchèse des vocations se fait de personne à personne, avec passion et conviction. Ceci requiert des personnes capables d'interroger par leur propre vie, capables d'accompagner et d'inviter, non par des discours, mais en transmettant une expérience en laquelle transparaissent des convictions de foi.
L'accompagnateur vocationnel doit être enthousiaste de sa propre vocation et de la possibilité de la communiquer ; c'est un témoin convaincu et donc convaincant et crédible[5]. La vocation émerge, non pas comme la conclusion d'un raisonnement, mais comme une lecture intérieure de sa propre histoire qui, dans son déroulement, fait émerger un sens profond, qui devient une invitation, un appel adressé à la personne.
Le Seigneur se sert de "médiations" pour se révéler et pour appeler ; le travail de l'animateur vocationnel est de disposer à l'écoute et d'apprendre à les reconnaître.
Chaque charisme de vie consacré comprend une richesse de savoir culturel, spirituel, mystique et ascétique ; il faut s'engager à le traduire en des parcours pédagogiques, afin que les nouveaux candidats soient impliqués dans le projet charismatique puis accompagnés dans l'aventure de l'expérience des fondateurs de la famille religieuse à laquelle le Seigneur les appelle.
Dans un institut de vie consacrée, finalement, tous les membres sont responsables des vocations, même si tous ne sont pas appelés à être des animateurs vocationnels. Tous les membres préparent, avec leur témoignage, leur fidélité et leur prière, le terrain où sont accueillies les nouvelles vies que le Seigneur voudra donner.