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Vie des missions en Afrique/17


Phénomènes et pratiques pseudo religieux

Réflexions et considérations


Pendant la réunion du dernier conseil pastoral de la paroisse de Mbangassina, nous avons pris du temps pour considérer la situation de certaines communautés chrétiennes de notre paroisse, surtout celle de Biakoa Ferme.

En effet, les nouvelles qui nous sont parvenues du responsable de cette communauté, nous ont fortement inquiété et nous ont poussé à reprendre le débat sur la présence envahissante, dans nos villages, de groupes religieux pas toujours bien identifiés.

Dans son village, depuis un mois, s'est installée une personne qui rassemble les gens et organise pour eux des veillées de prière et d'exorcismes.

Ce qui nous a inquiété davantage, c'est que beaucoup de fidèles ont abandonné la communauté chrétienne pour adhérer à ces initiatives; nous avons été particulièrement choqués par la défection d'un jeune catéchiste de cette communauté.

Nous avons cherché à comprendre ensemble les causes de ces phénomènes qui souvent semblent rendre vaines les activités d'évangélisation dans nos communautés.

Depuis longtemps les journaux parlent de l'explosion des sectes, des phénomènes et des pratiques pseudo religieux dans la société camerounaise, dus à une situation généralisée de crise qui crée un climat de fatalisme, d'insécurité, de frustration et de profonde angoisse existentielle.

Ce climat général a des retombées dans les villages où n'importe qui peut prendre l'initiative de créer sa propre "église", c'est-à-dire un groupe qui s'adonne à des pratiques religieuses ambiguës. On profite du besoin psychologique de sûreté, de protection, de solidarité que les gens demandent et que le domaine d'un petit groupe donne l'illusion d'offrir.

Dans la réunion du conseil il a été souligné à la fois le vide spirituel que ces phénomènes font ressortir, et l'ignorance, le relativisme et le syncrétisme religieux qui les caractérisent. D'ailleurs, il faut noter, que l'Église et ses valeurs évangéliques ne se sont pas enracinées dans la culture et la mentalité du village : dans cette région, l'évangélisation compte guère plus de soixante-dix ans et le lien d'appartenance à l'Église est faible par rapport à celui envers la famille ou envers les différentes associations villageoises.

La constatation de ces phénomènes assez fréquents nous a fait réfléchir sur la pénétration du message évangélique dans la vie de nos gens vu que, souvent, ils recherchent des solutions faciles et immédiates, animées par le magique, qui excluent l'effort, la fatigue d'un chemin de recherche rationnelle pour comprendre et résoudre tous les problèmes et toutes les difficultés qu'ils rencontrent dans leur vie.

Ce domaine irrationnel du "sacré" représente, dans la plupart des cas, une fuite des difficultés réelles, de l'engagement nécessaire pour les affronter, une tentative d'échapper aux souffrances, aux épreuves, à la croix.

Certains animateurs remarquent justement que pour beaucoup de fidèles on ne peut même pas parler de "foi", mais d'une vague religiosité et de pratiques pseudo religieuses, au centre desquelles chacun se pose soi-même avec tous ses problèmes. La foi, au contraire, est tournée vers le Christ, suppose confiance et abandon en Lui, dans l'acceptation des limites et des conditionnements de la vie qui reste toujours un don que nous ne pouvons nous approprier.

Ces phénomènes invitent à enraciner ses propres convictions et son propre comportement dans la Parole de Dieu. Elle n'est pas une simple réponse aux désirs de l'homme : elle interroge, suscite cette inquiétude qui produit en nous la conversion. Une Parole qui veut susciter en nous le désir d'une dimension plus profonde de la vie, qui met en question nos comportements et nos coutumes sociaux. Une Parole créatrice de dynamiques de liberté et d'ouverture à cette nouveauté qu'elle représente pour la vie de l'homme.

La réunion du conseil pastoral de Mbangassina a montré la nécessité d'approfondir les noyaux de l'évangélisation, prenant en considération aussi les activités de formation, pour que la foi personnelle et communautaire repose sur des bases très solides.

Achille Romani

01/02/09

 
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