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Vie des missions en Afrique/20
Ces yeux qui nous regardent
L'engagement pastoral au service des enfants
L'histoire de Gabriel a récemment suscité une vive émotion dans la petite ville de Mbalmayo.
Il avait un peu plus de douze ans et vendait les bananes au marché. Il a été sauvagement tué, à coups de gourdin, par quelques hommes qui l'ont par la suite enfermé dans un sac et jeté dans le Nyong, un fleuve local.
Seulement après plusieurs jours de recherche, son corps meurtri a été repêché. Les présumés coupables sont, aujourd'hui, en prison ; mais l'enquête est encore en cours. Le mobile du meurtre semble être le trafic d'organes humains, destinés aux macabres rituels de magie. Les victimes les plus recherchées sont, en effet, justement les enfants, surtout les albinos, les jumeaux et les gamins les plus éveillés.
Tout en n'appartenant pas aux quartiers de notre paroisse, deux semaines avant sa disparition, Gabriel, accompagné par son papa Pierre Paul, un ouvrier que je connais depuis plusieurs années, était passé au bureau paroissial. En cette occasion, je fus particulièrement frappé par son intelligence et sa vivacité.
La mort de Gabriel a rappelé à la mémoire d'autres tragédies : celle d'Amos, un des servants de messe d'Obeck, mort avec le cou cassé par certains de ses amis plus grands que lui et jaloux de sa victoire au jeu de cartes ; ou encore celle d'Annette qui habitait à quelques mètres de l'église paroissiale, une fille de 14 ans enceinte et morte, il y a quelques mois, à cause d'un mélange explosif, à base d'herbes et différentes poudres qu'un des nombreux "apprentis sorciers" de la médecine traditionnelle lui avait administrées pour la faire avorter.
Le malaise des enfants
Les exemples de Gabriel, d'Amos, d'Annette sont seulement la pointe d'iceberg de la situation de malaise dans laquelle beaucoup d'enfants et d'adolescents des quartiers d'Obeck vivent, dans un milieu culturel, comme celui de l'Afrique, qui ne favorise pas les plus petits et les plus faibles. La règle de la société traditionnelle dit: d'abord nourrir les hommes, puis, si quelque chose reste, les femmes et, à la fin, les enfants. Le premier à manger et à se rassasier c'est l'homme adulte, à l'intérieur d'un univers qui lui reconnaît tous les droits; ensuite viennent les autres, en dernier les enfants, avec une lourde charge d'obligations.
Les enfants sont les premiers à souffrir de la pauvreté vécue dans les familles. Le plus souvent ils habitent dans les baraques en terre battue, construites avec des tôles, des planches en bois et des toiles en plastique. Les petites chambres impressionnent pour le nombre de personnes qu'elles hébergent. Pendant toute la semaine, la majorité des enfants ne mangent rien d'autre qu'un plat de légumes cuits dans une sauce d'arachides. Quand ils sont malades, l'hôpital est trop cher pour eux et ils sont soignés avec les infusions d'herbes ou avec les médicaments traditionnels achetés au marché. Il s'agit souvent de produits avariés ou mal utilisés dont l'administration devient, parfois, fatale.
Nombreux sont les enfants qui ne connaissent pas leurs papas; quelques-uns ne connaissent non plus leurs mamans parce que, tout de suite après l'accouchement, celles-ci confient leurs fils à la grand-mère. Cette situation est, le plus souvent, le point de départ d'un long itinéraire dans lequel les petits, comme des "colis postaux" sont déposés pendant quelque temps près d'un oncle, puis à la maison d'une sœur plus grande, d'abord au village et ensuite en ville.
L'enfant devra apprendre l'art de se débrouiller, à la recherche continuelle de quelqu'un qui le soutienne et le protège. S'il osait, dans une telle précarité, manifester quelque signe d'intolérance, il serait accusé d'être un "enfant sorcier" et porté par force chez le "guérisseur" qui doit le libérer de l'esprit rebelle.
L'école, avec soixante-dix ou quatre-vingts enfants par classe, a du mal à aller au-delà de l'enseignement des règles et des rôles préétablis par la société. Les programmes scolaires sont loin de la réalité et créent seulement chez les enfants les plus pauvres un état de frustration. Devenus adolescents, ils commencent à voir la société avec ses mensonges, ses injustices, et se rendent compte de la dureté de leur propre sort et, alors, chacun réagit à sa manière, souvent irréfléchie.
Dans la majorité des paroisses, les enfants ne sont pas considérés. Comme de bons entrepreneurs, les curés, préoccupés souvent de balancer les comptes, n'ont pas de temps pour s'occuper d'eux. Ils préfèrent les confier à un vieux catéchiste, pour qu'ils apprennent par cœur quelques prières et les notions les plus élémentaires de la catéchèse pour pouvoir recevoir les sacrements.
Les enfants, fidèles de la paroisse
La paroisse d'Obeck, depuis sa naissance, s'est posé des questions sur cette situation, en essayant d'emprunter des sentiers pastoraux au service des enfants de ses quartiers qui représentent 35% de la population des fidèles.
Actuellement, Obeck est la seule paroisse de la petite ville de Mbalmayo (et l'une des rares du diocèse) où des activités pour les enfants sont organisées: rencontres, film, jeux communs ou compétitions sportives. Quand on célèbre une fête, leurs représentants partagent le repas avec les autorités ou les personnes les plus importantes.
L'évangélisation des plus petits et leur accueil sont nos préoccupations pastorales, à partir de la Messe du dimanche, à laquelle participent environ trois cents enfants qui rivalisent pour répondre aux questions qui leur sont posées de l'autel, pour vérifier leur attention aux lectures de l'Évangile du jour et leur progrès dans l'apprentissage de la catéchèse. Le service de la liturgie, une fois par mois, les prépare pour les lectures, les chants et les intentions de prière de la Messe.
Les accompagnateurs du groupe des enfants les réunissent chaque dimanche, après la Messe. Ils ont commencé à les sensibiliser aussi sur l'hygiène du corps et de la maison, sur la propreté des lieux communs, sur leur manière de se laver et de s'habiller.
Ils les ont, en outre, engagés dans des "mini-enquêtes" dans les quartiers, pour les impliquer dans les conditions de pauvreté de certains de leurs camarades qui n'ont pas la possibilité d'acheter les cahiers d'école, et pour les stimuler à faire des collectes de solidarité.
Le niveau de formation des catéchistes, responsables d'environ cent-cinquante enfants qui, chaque samedi, viennent régulièrement à la paroisse pour se préparer aux sacrements, a grandi avec l'intégration de jeunes et d'enseignants qui suivent les cours de l'École des laïcs de la paroisse, parmi lesquels certains sont préparés au niveau pédagogique et psychologique.
Pour les catéchistes, des journées de formation sont prévues, au début de l'année pastorale. Les programmes de la catéchèse des différentes classes sont vérifiés régulièrement et les résultats des examens trimestriels sont affichés au babillard paroissial.
Les parents sont invités chaque trimestre aux rencontres paroissiales, même si actuellement seulement une cinquantaine y participe régulièrement, pour évaluer le chemin de leurs enfants et être sensibilisés sur leur éducation humaine et chrétienne dont ils restent toujours les premiers responsables.
Certainement, ce qui est fait à Obeck au service des enfants demeure inadéquat aux drames qui les impliquent et aux problèmes humains et sociaux auxquels ils sont confrontés.
Les nombreux enfants rencontrés durant ces années, leurs histoires, leurs yeux qui nous regardent et nous jugent en silence, continuent à être pour tous les fidèles un appel à la responsabilité à leur égard, pour répondre à Celui qui a dit: "Laissez les petits enfants venir à moi" (Mc 10, 14).
Franco Paladini
15/03/09
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