Vie des missions en Afrique/28
FOI ET TRANSFORMATION SOCIALE
Quelques membres de la paroisse d'Obeck présents à une rencontre interreligieuse
Avec une délégation de la paroisse d'Obeck, au Cameroun, j'ai récemment participé à une rencontre d'étude organisée par le réseau "Foi et libération", un regroupement particulièrement actif au Cameroun qui réunit plusieurs associations[1] - catholiques, protestantes et musulmanes - engagées dans la promotion humaine, et notamment en faveur de la paix et de la justice.
L'invitation à participer est liée à notre engagement de longue date pour la formation des fidèles, avec une attention spéciale envers la vulgarisation, à travers l'École de formation pour laïcs, de la doctrine sociale de l'Église.
À la rencontre qui s'est tenue à Bafoussam, le chef-lieu de la région de l'Ouest du Cameroun, ont participé, avec moi, Martin, le président délégué du conseil paroissial et Marguerite, membre de la commission "Justice et paix".
Une occasion de confrontation
En nous déplaçant de Mbalmayo à Bafoussam, nous avons laissé la zone chaude et humide de la forêt équatoriale pour pénétrer dans la région montagneuse de l'Ouest surnommée la "Suisse du Cameroun", au climat plus frais, riche de pâturages et de cultures, avec des paysages, pour nous inhabituels, comme les bosquets de sapins ou les toits pointus typiques des maisons des populations Bamiléké qui habitent la région.
Les trois jours de la rencontre ont surtout été pour nous une occasion de confrontation avec les différentes associations qui font partie du réseau "Foi et libération", toutes engagées en faveur de la démocratie, des droits civiques et de l'élaboration des stratégies de lutte contre la pauvreté.
En plus de notre paroisse, figuraient parmi les invités les Commissions "Justice et paix" des diocèses de Douala, Yaoundé, Bamenda, Bafoussam, Bafia, Eseka, Maroua, dont les délégués ont été heureux de nous retrouver après la visite, voici quelques mois, à notre École de formation pour laïcs.
Le sujet de la rencontre portait sur la "Foi et transformation sociale", introduit par le Prof. Jean Samuel Zoe Obiang, Recteur de l'université protestante d'Ebolowa (chef-lieu de la région du Sud-Cameroun) et par le Prof. Kä Mana, un théologien protestant de grande notoriété pour avoir contribué, au sein de la théologie africaine, à la convergence de la ligne de l'identité culturelle et de celle politique et sociale de la libération.
Aux interventions des conférenciers ont fait suite les groupes de travail sur des thématiques spécifiques d'actualité : corruption et malversations financières, fraudes électorales et traite des mineurs pour l'exploitation sexuelle.
Engagement commun pour l'homme
Les communications des groupes et le débat vif qui a suivi ont fait émerger quelques idées-force communes que le Prof. Kä Mana a présenté dans la synthèse finale.
Outre à souligner l'importance de l'action auprès des institutions et de la consolidation de la société civile, tous les groupes ont mis en évidence le rôle irremplaçable de la responsabilité personnelle, élément essentiel à toute action de transformation sociale.
Dans les analyses des différentes plaies institutionnelles du pays (corruption, fraudes électorales, etc.), est ressortie la conviction que, pour avoir un impact en profondeur, il faut agir à partir des dimensions éthiques et spirituelles.
La crise que le Cameroun vit, avant même d'avoir des dimensions politiques et économiques, est liée à l'incapacité d'offrir des valeurs fondatrices d'une nouvelle manière d'être et d'agir social. Tous les groupes ont convenu que l'éducation - en famille, à l'école, dans les mouvements des jeunes - constitue la stratégie fondamentale en vue d'une transformation sociale profonde.
Toute institution sociale - d'inspiration catholique, protestante ou musulmane -, en puisant l'eau au "puits" de ses propres convictions religieuses, est appelée à s'engager dans la promotion de l'homme et de la société. À ce propos, une mention spéciale a été réservée, de la part de tous les participants à la rencontre, à la méthode voir-juger-agir, spécifique de la tradition catholique.
Le texte évangélique du Bon Samaritain, cité à ce propos, a été érigé en modèle emblématique d'un homme qui ouvre les yeux sur les problèmes de la société - l'insécurité routière, le banditisme organisé, les rapports d'hypocrisie - et qui, à la lumière de ses convictions, s'engage personnellement dans une action qui va au-delà d'un devoir formel, en contribuant ainsi au progrès de la société.
Comme l'a dit Benoît XVI, dans son récent voyage au Cameroun, en parlant aux musulmans, la religion apporte une grande contribution à la compréhension de la culture, de l'homme et du monde. Sa tâche, particulièrement urgente, est de rendre manifeste le vaste potentiel de la raison humaine qui appelle tous au service de la société. Aujourd'hui, les différentes traditions et fois religieuses au Cameroun sont appelées à agir en synergie pour le développement commun et pour contribuer à acheminer le pays vers une nouvelle perspective.
Nouvelles collaborations
Pendant le voyage de retour à Mbalmayo, nous avons échangé avec Martin et Marguerite nos vues sur la rencontre.
Cette dernière nous a avant tout confirmé dans la priorité donnée à la formation des adultes et des jeunes dans le travail pastoral à Obeck. La rencontre nous a aussi ouvert de nouvelles perspectives dans les relations que la paroisse entretient avec les communautés protestantes et musulmanes.
Aujourd'hui ces relations comprennent de petites initiatives de "dialogue de la vie" menées dans les quartiers par les familles catholiques, protestantes et musulmanes, une collaboration régulière et fructueuse que nous entretenons depuis plusieurs années avec le médecin et les infirmiers protestants pour les soins des malades suivis par le groupe de la Caritas paroissiale, une veillée de prière qui une fois l'an réunit les chorales et les associations catholiques et protestantes et quelques visites de courtoisie aux chefs religieux musulmans à l'occasion de leurs fêtes.
La connaissance des différentes associations à la rencontre nous a fait entrevoir la possibilité d'un engagement interreligieux dans l'action éducative liée aux problématiques ayant trait à la paix, à la justice et au bien commun des fidèles.
L'objectif n'est certainement pas facile à réaliser, car, comme le souligne aussi l'Instrumentum laboris (nn. 100 et 102) du prochain Synode pour l'Église en Afrique, dans les mentalités des uns et des autres il y a beaucoup de réflexes de méfiance et de suspicion. Pour dépasser justement ces difficultés, à Bafoussam, quelques représentants du Conseil des Églises Protestantes du Cameroun (CEPCA) et du Conseil Supérieur Islamique du Cameroun (CSIC) se sont proposé pour constituer à Mbalmayo une cellule interconfessionnelle de réflexion et de sensibilisation sur des problèmes sociaux, à laquelle la paroisse d'Obeck participera avec des initiatives au niveau de notre École de formation pour laïcs.
Nous nous sommes quittés en nous donnant rendez-vous pour une rencontre future à Mbalmayo et avec le désir de contribuer avec notre apport, aussi simple qu'il soit, à la réalisation du vœu exprimé récemment par le Saint-Père, c'est-à-dire que la coopération entre musulmans, catholiques et d'autres chrétiens au Cameroun devienne un "phare de lumière" dans l'édification d'une nouvelle société.
Franco Paladini
[1] Parmi les plus importantes figure le Service national "Justice et paix" créé par la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CENC), le Conseil des Églises Protestantes du Cameroun (CEPCA), le Conseil Supérieur Islamique du Cameroun (CSIC). Font partie du même réseau d'autres organisations interconfessionnelles comme Forum Cameroun, Cercle international pour la promotion de la création (CIPCRE), Service œcuménique pour la Paix (SEP), Association de lutte contre les violences aux femmes (ALVF).
08/07/09
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