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Vie des missions en Afrique/32

NOTRE CHEMIN COMMUN

Chers fidèles d'Obeck...


Depuis quelques semaines, je me trouve en Italie. Voilà pourquoi je ressens le désir de partager avec vous ce que j'ai vécu dans cette première période de mon séjour en Europe.Les fidèles d'Obeck

Le jour même où je suis parti du Cameroun, le Saint-Père a inauguré l'Année Sacerdotale pour "promouvoir l'engagement de renouvellement intérieur des prêtres", de manière qu'ils offrent un témoignage évangélique plus fort et incisif dans le monde actuel.

À la lumière de notre foi, rien n'arrive par hasard; c'est ainsi que j'ai perçu en telle coïncidence l'invitation à vivre mon voyage comme une occasion pour avancer dans l'approfondissement de mon chemin de personne consacrée et de prêtre.

Le fait d'interrompre, pendant quelques mois, l'engagement en pastorale me donnera plus de temps pour la prière et pour la méditation personnelle, en m'aidant à prêter une plus grande attention à la qualité de la vie spirituelle.

Je ne dois pas oublier, en effet, qu'avant d'être annonciateur de l'Évangile, je suis disciple de l'Évangile et que je ne peux pas parler "de" Dieu aux autres, si d'abord moi-même je ne parle pas "avec" Dieu. C'est seulement de cette manière que notre travail pourra porter des fruits. C'est ce que le Saint-Père nous rappelle, en indiquant le Curé d'Ars comme modèle pour nous, les prêtres.

Que cette année proclamée per Benoît XVI soit pour moi et pour vous une opportunité pour redécouvrir le don du sacerdoce pour l'Église et pour le monde, pour en vivre pleinement les responsabilités qui en découlent.

Le vent de la mondialisation

En rentrant en Italie, après quelques années d'absence, ce qui m'a plus frappé a été la forte augmentation d'immigrés: à la caisse du supermarché à côté de la maison où je loge il y a une gentille fille chinoise; le garçon du bar voisin est un jeune Roumain; les prêtres qui remplacent trois curés, mes amis, actuellement en vacances, sont un Pakistanais, un Syrien et un Congolais; plusieurs fidèles de la communauté paroissiale où j'ai dernièrement célébré la Messe viennent du Sri Lanka.

Le vent de la mondialisation souffle sans aucun doute fort, l'Italie étant désormais devenue un pays multietnique, comme le constate aussi un récent éditorial de la revue La Civiltà Cattolica. Il suffit de penser que les travailleurs étrangers présents d'une manière stable dans notre pays sont plus de trois millions et demi. Parmi eux, le groupe le plus consistant travaille dans le bâtiment; un autre groupe très important est celui des badanti, les femmes engagées dans l'assistance à plein temps des personnes âgées.

La présence des immigrés est concentrée, environ 75%, au Nord du pays et elle est composée de travailleurs en majorité avec une instruction secondaire ou universitaire. Les petits entrepreneurs étrangers grandissent aussi; dans cette dernière décennie, leurs entreprises individuelles sont presque triplées. Les immigrés offrent un service indispensable en contribuant à rendre moins dramatique une crise démographique désormais chronique. Malgré cela, il y a aussi, presque en tous les milieux, des positions idéologiques xénophobes. C'est surtout l'immigration clandestine à alimenter de tels reflets, compte tenu de l'intégration difficile et de l'illégalité qu'elle engendre.

Les dispositions adoptées par les autorités pour faire front au phénomène tendent surtout à préserver la sécurité et l'ordre public. Il y a, en effet, un climat répandu de peur vécu par les citoyens à cause du nombre croissant de crimes commis dont on tend à adosser la responsabilité aux immigrés clandestins qui, parfois, deviennent des boucs émissaires.

La problématique de l'immigration est très ample et complexe; jusqu'à quand nous ne serons pas capables d'améliorer les conditions économiques et sociales des pays d'origine des immigrés, la force impétueuse du phénomène migratoire ne pourra pas s'éteindre.

Comme nous l'avons souvent dit dans nos rencontres de formation à Obeck, la solidarité et la responsabilité doivent  nécessairement marcher ensemble, pour porter des fruits dans la vie de chacun et de la société. Je pense donc qu'il y a un autre aspect à considérer : si d'un côté il faut rejeter toute position xénophobe, de l'autre il ne faut pas confondre le dialogue et l'accueil avec la permissivité de tout genre et il faut tenir compte qu'il n'y a pas de dialogue et d'accueil authentique quand l'on nie sa propre identité.

À partir de ses propres racines

Pour que l'arbre frappé par le vent ne tombe pas, il doit avoir des racines profondes. L'Italie et l'Europe en général pourront interagir positivement avec les nouveaux phénomènes liés à la mondialisation en partant des leurs propres racines culturelles, historiques et religieuses.

J'ai récemment passé deux semaines de retraite spirituelle auprès de la communauté monastique de l'Abbaye bénédictine de "Saint Jean Évangéliste" dont le noyau premier remonte à la fin du X siècle. Elle se trouve au cœur de la ville de Parme, chef-lieu d'une des provinces les plus prospères d'Italie.

Dans les jours au monastère, dont la vie est régulièrement scandée par la prière, par la méditation et par le travail, j'ai eu la possibilité d'approfondir l'histoire de l'Abbaye en constatant sa contribution déterminante au développement de la ville. Selon la règle bénédictine "ora et labora", le monastère a été non seulement  un centre de vie liturgique et contemplative, mais aussi d'une civilisation concrète du travail, à travers les multiples œuvres réalisées telles que l'assainissement et le défrichage de la terre, la diffusion des techniques agricoles, la création du premier hôpital, de la première pharmacie de la région et de l'auberge pour l'accueil des étrangers et la promotion d'une véritable industrie artisanale. Tout cela a été possible justement pour l'importance que Saint Benoît attribuait, au-delà de la prière, au travail et à l'engagement humain. Dans le cours des siècles l'Abbaye a été en outre un phare de rayonnement culturel. Sa bibliothèque compte plus de cent-mille volumes et les œuvres d'art des différentes époques, notamment les fresques du Correggio du XVI siècle, sont encore aujourd'hui visitées par des touristes du monde entier.

Une occasion en plus pour rappeler que la technique, l'art, la culture sont toujours le fruit d'une vision, d'une foi. Les racines chrétiennes ont contribué à la floraison et au développement de ma ville d'origine, comme plus en général, de la civilisation européenne. La tension vers Dieu, recherché comme le seul nécessaire, loin de frustrer l'homme et son élan à la liberté et au progrès, constitue une source de tout cela. En sauvegardant un tel patrimoine, mon pays d'origine pourra dialoguer authentiquement avec ceux qui viennent de loin.

C'est ce qu'a aussi rappelé cette année Mgr Enrico Solmi, Évêque de mon diocèse d'origine, Parme, dansMgr Enrico Solmi son message traditionnel à l'occasion de la fête du Patron, Saint Hilaire de Poitiers. La ville aura un avenir si elle est capable de proposer aux jeunes "une culture dans laquelle l'on a une claire perception qu'il y a des 'choses', les essentielles, qui n'ont pas de prix, qui ne se vendent pas et qui ne s'achètent pas, qui nous précèdent et demeurent en même temps devant nous avec une constante tension de croissance, dans une fidélité créatrice à notre être personnel et social".

Chers fidèles d'Obeck, l'Europe, comme du reste l'Afrique, a un grand besoin de purifier sa culture dans la fidélité au Christ et aux valeurs évangéliques pour se retrouver elle-même et pour offrir aux peuples un avenir de progrès authentique. Avec espérance et réalisme, libérons donc nos terrains respectifs de tout complexe, préjugé ou illusion; sentons-nous responsables les uns des autres pour avancer ensemble dans le chemin commun qui sait arriver à l'homme concret, que Jésus nous a révélé.

Franco Paladini

10/09/09

 
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