Vie des missions en Afrique/37
PRÊTRES AU CAMEROUN
Les défis de la formation
En cette année, que Benoit XVI a voulu consacrer spécialement aux prêtes, le Grand Séminaire de l'Immaculée Conception de Yaoundé a célébré, les 7-8 décembre 2009, le 40e anniversaire de son existence.
Une célébration solennelle
Une célébration solennelle a marqué l'événement, précédée d'un Symposium, qui a vu la présence du Nonce Apostolique, Mgr Eliseo Antonio Ariotti, du Président de la Conférence Épiscopale Nationale, Mgr. Victor Tonye Bakot, de Mgr. Timothée Modibo, Président de l'Association des Conférences Épiscopales de la Région d'Afrique Centrale, et de nombreux autres Évêques.
Mgr. Jan Dumon, Secrétaire Général de l'Œuvre Pontificale de Saint Pierre Apôtre, a représenté, à cette occasion, la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, assurant ainsi la communion avec l'Église de Rome, suivant le message qu'il a transmis pendant la célébration.
Certes, 40 ans de vie ne sont pas grand chose pour un Grand Séminaire, mais pour les jeunes Églises du continent africain et pour l'Église au Cameroun cela représente déjà une tradition non négligeable. Mieux, différents membres de l'épiscopat national et des Pays voisins ont été formés dans ce Séminaire.
Le Symposium a représenté un moment privilégié de la célébration. Il a permis de faire mémoire de l'histoire du Séminaire et de son évolution au cours des années. Sont intervenus, dans ce cadre, les différents Recteurs qui se sont succédés à sa tête dont certains sont aujourd'hui Évêques, comme Mgr. Adalbert Ndzana, Évêque de Mbalmayo ou Mgr. Jean Mbarga, Évêque d'Ebolowa.
Cette mémoire a fait revivre, à partir de la naissance du Séminaire voulue par l'archevêque de Yaoundé d'alors, Mgr. Jean Zoa, les moments de difficulté et d'espoir, ainsi que le courage des pionniers.
Mgr Dumon est intervenu dans le Symposium pour représenter l'Église de Rome. Il a partagé aussi son expérience personnelle des problèmes de formation au sacerdoce, ayant exercé pendant des années, dans la République Démocratique du Congo, la fonction de Recteur de Grand Séminaire. Son intervention a mis l'accent sur la nécessité de l'enracinement ecclésial de la formation des prêtres dans le continent africain, un sujet développé avec réalisme, prenant en compte les défis culturels, mais aussi conduit avec un profond regard spirituel.
Le Symposium a centré toute son attention sur la formation des candidats à la prêtrise. Il a y eu, à cet égard, une conférence du Rév. Joseph Ndi Okalla, Préfet des études de ce Séminaire de l'immaculée Conception, qui a parcouru les étapes de l'évolution historique, depuis Vatican II jusqu'au récent et deuxième Synode sur l'Église en Afrique.
Comme seule voix laïque et féminine du Symposium, j'ai tenu la seconde conférence, le Recteur actuel du Séminaire ayant voulu me confier la tâche d'exposer la dimension ecclésiologique de la formation des prêtres et ses implications pastorales.
Une Table Ronde a clôturé le Symposium. Ses animateurs ont été, par contre, des Évêques qui ont exposé sur les différents aspects à prendre en compte dans la formation des candidats à la prêtrise, notamment sa dimension spirituelle, pastorale, sociale. A tour de rôle ont pris la parole Mgr Jean-Marie Benoît Bala, Évêque de Bafia, Mgr Jean Mbarga, Évêque d'Ebolowa, Mgr Jean Bosco Ntep, Évêque d'Edéa, et Mgr Timothée Modibo, évêque de Franceville au Gabon.
Les défis à affronter
Le second Synode sur l'Église en Afrique a fait remarquer la croissance des vocations sacerdotales dans le continent. Le clergé diocésain dans les dix dernières années enregistre une augmentation de vocations d'environ 78%. Le Synode n'a pas caché, cependant, leurs fragilités et limites, surtout au niveau formatif. Si l'augmentation des vocations peut être considérée comme un signe de maturité croissante des jeunes Églises, toutefois celle-ci n'est pas dépourvue d'ambiguïté par rapport aux jeunes candidats qui voient dans la prêtrise parfois la seule possibilité d'une amélioration de leur propre situation personnelle et de promotion sociale.
La formation des prêtres est un problème délicat dans toute l'Église universelle, dans les Pays de l'Afrique noire elle l'est davantage, d'abord parce que ses cultures ne sont pas enracinées dans un christianisme millénaire, et aussi parce que beaucoup de candidats proviennent de milieux touchés par l'évangélisation depuis un temps très récent.
Le conflit entre certaines valeurs culturelles africaines et les exigences de la vocation sacerdotale n'est pas sans conséquences. Le ministère des prêtres est souvent menacé par des obstacles, tel que l'attachement à la famille de sang, l'aspiration à une progéniture naturelle et à la fécondité biologique, ainsi que par de nombreuses pratiques pseudo-chrétiennes construites sur des traditions et des rites locaux, qui corrompent l'économie sacramentelle et la projettent souvent dans un horizon magique et emprunt de paganisme.
Le problème de la formation des candidats à la prêtrise demeure capital. Il faut, en effet, former des Pasteurs qui ne se limitent pas à être des administrateurs du "sacré", mais qui soient capables d'œuvrer pour l'évolution d'un christianisme vécu presque exclusivement en Afrique dans un espace sacramentel, à un christianisme ouvert à toutes les exigences évangéliques et missionnaires. Il faut former des Pasteurs aptes à accompagner les fidèles à travers les défis des mutations profondes des sociétés africaines, engendrées par la crise économique, par des transformations sociales, des conflits ethniques, par la pauvreté, par des problèmes de réconciliation, de justice et paix.
Une formation, donc, qui permette aux futurs prêtres d'affronter les questions profondes qui concernent les hommes de ce temps, en tenant compte qu'il y aura toujours une physionomie essentielle du prêtre à sauvegarder et qui ne pourra jamais changer. Le prêtre de demain est appelé, en effet, non moins que celui d'aujourd'hui, à imiter le Christ. Comme le Seigneur, il doit se consacrer essentiellement à communiquer aux autres la vie divine, quand il enseigne, quand il annonce la Parole, quand il dialogue, quand il administre la grâce des sacrements, quand il parle aux pauvres, aux jeunes, aux non croyants, quand il porte le réconfort, transmet l'espoir, la foi et la miséricorde.
Silvia Recchi
19/02/2010
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