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Vie des missions en Afrique/40



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"Le Synode se termine mais ne finit pas" e "Afrique: lève-toi et marche!"



PAROLES ET SILENCES DU SECOND SYNODE AFRICAIN

Entretien avec le théologien camerounais

Eloi Messi Metogo

POUR UNE PREMIERE RECEPTION DU SECOND SYNODE AFRICAIN/3


 

Nous avons rencontré le Père Eloi Messi Metogo, à Yaoundé, à l'Université Catholique où il est enseignant permanent depuis 1995, à la Faculté de Théologie. Le Père Eloi est né en 1952; il est dominicain.Père Eloi Messi Metogo

Il s'est distingué dans son travail théologique et d'enseignant par sa réflexion critique ouverte à la modernité. Il fait partie de la rédaction de la revue théologique internationale Concilium; son œuvre la plus originale est "Dieu peut-il mourir en Afrique?", Karthala/UCAC, Paris/Yaoundé 1997, sur le problème de la sécularisation en Afrique. Il a publié de nombreux articles scientifiques et récemment aussi il a mené une réflexion sur les travaux de la Deuxième Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l'Afrique (Second Synode Africain), tenue à Rome, en octobre passé.

Le Père Eloi Messi nous a accueillis avec une grande disponibilité et nous avons eu un intéressant entretien dont nous vous proposons quelques passages saillants.

 

 

Ø  Pouvez-vous nous donner une première évaluation théologique des travaux du Second Synode Africain? Et quelles sont ses acquisitions nouvelles ou ses approfondissements majeurs, par exemple sur l'"Église famille de Dieu"?

Le sujet retenu pour le Second Synode Africain, "L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix", est déjà un approfondissement important par rapport au premier Synode pour l'Afrique et par rapport à l'Exhortation post-synodale, "Ecclesia in Africa", qui avait été critiquée pour avoir embrassé beaucoup de sujets de manière trop générale.

Du récent Synode, j'ai beaucoup apprécié les analyses de la situation actuelle en Afrique, surtout celles développées par l'Instrumentum laboris.

On a affirmé avec courage et sans ambages, que les maux qui minent la société en Afrique (tribalisme, collusions politiques avec des gens pas recommandables, etc.) se retrouvent aussi à l'intérieur de l'Église. On a ainsi souligné l'importance de la crédibilité à l'intérieur de l'Église, pour une annonce efficace dans la société.

Le sujet de l' "Église Famille de Dieu" a été approfondi par l'itinéraire synodal en lien avec la réalité desDoudou Mbemba Lumbu, (R.d. Congo) “Vers la nouvelle vie”, huile sur toile Communautés Ecclésiales Vivantes. Les CEV sont les structures ecclésiales de base où les familles chrétiennes, réunies en communauté de quartier ou de village, vivent leur foi au quotidien. Au Synode, on a indiqué avec clarté que c'est dans les CEV qu'on peut vivre cette dimension d'Église Famille et surtout exercer la diaconie, le service des pauvres et des marginaux.

Malheureusement, il est à remarquer qu'on fait peu d'efforts pour encourager la naissance de ces CEV. Cela à cause non seulement d'une vision cléricale, encore dominante, qui ne promeut pas l'Église-communion, la responsabilité des laïcs, mais aussi du fait de l'engagement considérable de formation que les CEV demandent.

En effet, ces communautés naissent et se développent autour de la Parole de Dieu, de l'Eucharistie et promeuvent la réconciliation, la justice et la paix, des aspects fondamentaux de la vie chrétienne, qui demandent une catéchèse approfondie.

Il faut aussi tenir compte du fondamentalisme biblique aujourd'hui assez répandu et d'une certaine "obsession du culte"  chez nos chrétiens. Souvent les chrétiens ne s'engagent pas dans leur milieu social et ils n'ont pas claire l'exigence de prolonger dans la vie l'acte de donation du Christ aux hommes, et en particulier aux pauvres, qu'est l'Eucharistie.

Il est nécessaire, finalement, de faire redécouvrir aux chrétiens l'aspect communautaire du sacrement de la réconciliation, pour leur faire percevoir les conséquences "structurelles" du péché dans les situations qu'ils vivent aujourd'hui en Afrique. Il me semble, sur cela, que les Propositions finales des Évêques soient restées hésitantes, par rapport à l'Instrumentum laboris, en l'occurrence sur la célébration communautaire sacramentelle de la réconciliation. Ceci, je pense, dans le souci de garder aussi l'importance de la dimension individuelle du sacrement, certainement pour les péchés graves, en considérant que dans nos cultures, l'affirmation de la liberté personnelle par rapport au groupe est faible.

Ø  Les observateurs de ce Synode Africain ont remarqué que la problématique de l'inculturation n'était pas suffisamment présente. Il me semble en effet que, dans le cadre du thème sur la réconciliation, justice et paix, les Évêques aient exprimé une préoccupation plus pressante pour une évangélisation de la culture, au point de souligner la nécessité de la purification de certains éléments traditionnels inquiétants, tels que le fléau de la sorcellerie et certains rites affectant la dignité de la personne. Quels sont, selon vous, les défis majeurs, dans l'après-Synode, de la relation évangile-culture, dans un contexte de modernisation et de mondialisation, en Afrique et notamment au Cameroun?

En considérant surtout les Propositions des Évêques, on peut remarquer le retour à une idée étriquée de la culture par rapport à celle de l'Instrumentum laboris du Synode, historique et plus vaste. Les Propositions, en effet, considèrent davantage les valeurs traditionnelles de civilisation, en négligeant les dimensions sociales, économiques et politiques. J'espère, donc, que l'exhortation post-synodale tiendra compte de tout l'itinéraire synodal et d'une vision plus ample et dynamique de la culture africaine.

Je prends quelques exemples. Les Propositions insistent sur le respect des anciens, typique des cultures traditionnelles africaines, mais elles oublient de faire remarquer combien cette valeur a été manipulée par des hommes politiques corrompus et par des dignitaires des partis uniques qui ne veulent pas avoir de successeurs.

On parle aussi de la valeur de la vie, sans dire qu'aujourd'hui elle est menacée et méprisée à tel point qu'on laisse des cadavres en putréfaction dans la rue, phénomène qu'on commence à constater au Cameroun.

Je veux dire qu'il est nécessaire de situer ces célèbres valeurs culturelles africaines dans le contexte social actuel à l'intérieur duquel elles ne jouent plus le même rôle, puisqu'on ressent vivement l'impact irréversible de la modernité et de la mondialisation. L'Évangile doit donc entrer en dialogue avec les cultures africaines actuelles, qui ne se réduisent pas aux seules valeurs de civilisation, mais qui impliquent aussi l'économie et la politique.

Ø  Pendant un récent Colloque des missiologues à Yaoundé, en préparation du Synode Africain, vous avez affirmé qu'une des finalités de la mission est "de faire naître un peu d'humanité, de rendre sensible la tendresse de Dieu dans le monde d'aujourd'hui, un Dieu qui s'est incarné, a pris chair et corps dans notre histoire humaine"[1]. Dans cette perspective, quels sont les défis majeurs de la mission au Cameroun pour rendre sensible cette tendresse de Dieu et pour rendre plus proche Jésus Christ au peuple de Dieu, accablé par mille et une souffrances?

Il faut reconnaître que l'Église fait déjà beaucoup pour lutter contre les souffrances innombrables de l'Afrique, dans le domaine sanitaire, du développement intégral et de la réconciliation.

Le Synode a encouragé au niveau national et continental les commissions "Justice et paix" qui réalisent déjà leur ministère pour le peuple de Dieu dans plusieurs paroisses.

En ce qui concerne l'intervention caritative, on a souhaité la constitution d'une Caritas au niveau continental, pour intervenir de manière plus efficace, afin de soulager la souffrance des pauvres et des malades.

Je voudrais souligner, cependant, que le rôle prioritaire de l'Église est la dénonciation et la formation. C'est la direction indiquée par "Ecclesia in Africa" qui avait insisté sur la formation, en vue du témoignageDidier Mukandila Ngoy, (R.d. Congo) “Les enfants d’abord”, huile sur toile et de l'inculturation.

Aujourd'hui, la formation du laïcat doit être encouragée, afin de promouvoir un style de vie authentiquement chrétien dans la société.

Il s'agit de la formation de la conscience civique à tous les niveaux. À ce propos, le Synode a proposé la création de Facultés de Sciences Politiques dans les Universités catholiques.

J'ai trouvé intéressante la proposition de promouvoir une formation humaine, intellectuelle et spirituelle de ceux qui travaillent dans le secteur public, avec un accompagnement et des aumôneries spécialisées. Je crois toutefois que la priorité doit être donnée à la formation théologique du laïcat, comme cela se fait à la Faculté de Théologie de l'Université Catholique, à Yaoundé; celle-ci propose des cours du soir de théologie depuis deux ans.

Il y a, enfin, le champ immense de l'éthique familiale, qui demanderait en Afrique un plus grand approfondissement théologique et juridique. Sur le terrain pastoral, il y a des situations de grande souffrance dans les familles qui nécessitent un accompagnement, la communication de la vérité chrétienne, mais surtout la manifestation miséricordieuse de la consolation et de la tendresse de Dieu.

(Propos recueillis par Antonietta Cipollini)



[1] E. Messi Metogo, Religions, christianisme et modernité: quelle mission pour le second synode ?, in  J. Ndi Okalla (sous la direction de), Le deuxième synode africain face aux défis socio-économiques et éthiques du continent. Documents de travail, Editions Karthala, Paris 2009, 37.


06/03/2010
 
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